Veille clinique et scientifique
Plagiocéphalie : ce que recommande la HAS et ce qu’elle ne recommande pas
La recommandation HAS de 2020 place au premier plan le couchage sur le dos, la liberté de mouvement à l’éveil, les mesures de repositionnement et, lorsqu’un défaut de mobilité cervicale accompagne une déformation constituée, la…
Rédaction · 28 août 2026
Lecture express
Ce qu’il faut retenir
- La recommandation HAS de 2020 place au premier plan le couchage sur le dos, la liberté de mouvement à l’éveil, les mesures de repositionnement et, lorsqu’un défaut de mobilité cervicale accompagne une déformation constituée, la…
La recommandation HAS de 2020 place au premier plan le couchage sur le dos, la liberté de mouvement à l’éveil, les mesures de repositionnement et, lorsqu’un défaut de mobilité cervicale accompagne une déformation constituée, la kinésithérapie prescrite. Elle dit explicitement que les données scientifiques ne permettent pas de recommander l’ostéopathie.
Validation requise avant publication — Sujet pédiatrique et réglementé. Cette veille ne remplace pas une évaluation médicale, ne donne aucun geste et nécessite une validation pédiatrique, méthodologique et juridique.
En bref
- Le couchage sur le dos reste impératif pour prévenir la mort inattendue du nourrisson.
- Cale-bébé, cale-tête, coussin de positionnement, réducteur de lit et objets pouvant favoriser l’enfouissement sont à proscrire.
- Pour une déformation constituée, la HAS recommande repositionnement et mobilité active ; la kinésithérapie doit être prescrite en cas de défaut de mobilité cervicale.
- « Les données scientifiques ne permettent pas de recommander l’ostéopathie » est la formulation exacte de la HAS.
- La HAS envisage seulement une approche ostéopathique à orientation pédiatrique associée à la kinésithérapie, en deuxième intention et dans un cadre pluriprofessionnel.
- Le 29 avril 2025, la Société Française de Pédiatrie a adopté une position plus restrictive, demandant de contre-indiquer l’ostéopathie chez les nouveau-nés et nourrissons ; cette position de société savante n’est ni une loi ni une mise à jour de la HAS.
Question et périmètre
Que dit réellement la fiche mémo HAS/CNPP sur la prévention et la prise en charge des déformations crâniennes positionnelles ? L’article restitue le périmètre et l’ordre des recommandations. Il ne sert ni à diagnostiquer une déformation, ni à choisir une prise en charge pour un nourrisson.
Méthode de lecture
La source principale est la page HAS et ses documents de 2020, consultés le 27 août 2026. Le rapport d’élaboration a été utilisé pour distinguer les commentaires des parties prenantes de la recommandation finale. Le décret français sur l’exercice de l’ostéopathie complète le cadre réglementaire.
Prévenir sans augmenter le risque de mort inattendue
La HAS rappelle que le principal facteur de risque de mort inattendue est le couchage ventral, et que la position latérale expose au basculement sur le ventre. Le nourrisson doit être couché sur le dos, sur un matelas ferme, dans un lit adapté, sans oreiller, couette, couverture, tour de lit ou objet pouvant recouvrir ou confiner (HAS, 2020).
Les matériels de contention — cale-bébé, cale-tête, coussin de positionnement, réducteur — sont décrits comme inutiles, délétères et dangereux, car ils peuvent favoriser le retournement et l’enfouissement. La crainte d’un aplatissement ne justifie donc jamais de faire dormir un bébé sur le ventre ou d’ajouter un dispositif.
Pour favoriser la mobilité, la HAS recommande notamment d’alterner l’orientation du bébé dans le lit et, à l’éveil, de l’accompagner dans des interactions, postures et explorations sensorielles libres. Les conseils doivent préserver la motricité spontanée.
Ce qu’est une déformation crânienne positionnelle
La fiche distingue les déformations acquises sans synostose de la craniosynostose. L’examen clinique et neuromoteur complet sert à évaluer la déformation et à écarter une craniosynostose ; l’imagerie est rarement nécessaire et n’est pas recommandée en première intention. La HAS précise que le diagnostic doit être recherché à la naissance puis lors des visites jusqu’à un an (HAS).
Ce rappel implique une limite professionnelle : une forme atypique, sévère, persistante ou associée à d’autres signes ne doit pas être banalisée comme un simple « blocage ». La recommandation prévoit une orientation médicale et, en cas d’absence d’amélioration malgré une prise en charge adaptée, un avis en centre de compétences ou de référence des malformations cranio-faciales.
Les interventions de choix selon la HAS
Lorsqu’une déformation est constituée, il est recommandé d’éviter l’appui sur la partie aplatie tout en favorisant la mobilité du nourrisson. Les mesures de prévention de la mort inattendue restent prioritaires. À l’éveil, les interactions et mobilisations doivent être douces et indolores.
La kinésithérapie doit être prescrite systématiquement lorsqu’un défaut de mobilité cervicale est présent, en complément des conseils de repositionnement. La HAS souligne l’intérêt d’une mise en place précoce (fiche mémo).
La place exacte donnée à l’ostéopathie
Le texte final comporte deux phrases qu’il faut conserver ensemble :
« Actuellement les données scientifiques ne permettent pas de recommander l’ostéopathie. Une approche ostéopathique à orientation pédiatrique peut être associée à la kinésithérapie en deuxième intention dans le cadre d’une prise en charge pluri-professionnelle. »
La seconde phrase n’annule pas la première. Elle ne décrit pas l’ostéopathie comme intervention de choix, n’autorise pas une prise en charge isolée et ne valide pas un mécanisme de croissance crânienne. Elle ouvre une possibilité limitée, associée, de deuxième intention.
Le rapport d’élaboration publie les observations de parties prenantes. Certaines défendent des mécanismes ostéopathiques ; d’autres demandent de limiter la recommandation faute d’arguments objectifs. Ces commentaires ne sont pas eux-mêmes des recommandations HAS. Confondre une contribution reproduite dans le rapport avec la conclusion finale serait une erreur de source (rapport d’élaboration).
Position SFP du 29 avril 2025
La Société Française de Pédiatrie s’est positionnée pour contre-indiquer la pratique de l’ostéopathie chez les nouveau-nés et les nourrissons, en l’absence d’évaluations d’efficacité et au regard des risques auxquels ils peuvent être exposés (SFP, 29 avril 2025).
Cette position est plus restrictive que la possibilité limitée de deuxième intention décrite par la HAS en 2020. Son statut doit être explicite : la SFP est une société savante ; son communiqué n’est pas une loi, ne modifie pas le décret et ne remplace pas formellement la recommandation HAS. En revanche, présenter la seule phrase de la HAS sans cette position plus récente donnerait un état incomplet des positions françaises disponibles en 2026.
Cadre légal pour le nourrisson de moins de six mois
Le décret n° 2007‑435 prévoit, pour un ostéopathe non médecin, qu’une manipulation du crâne, de la face ou du rachis chez un nourrisson de moins de six mois nécessite au préalable un diagnostic établi par un médecin attestant l’absence de contre-indication médicale à l’ostéopathie (Légifrance).
Cette condition légale ne vaut pas recommandation scientifique. Elle ne dispense ni de respecter le périmètre de compétence ni d’orienter en cas de persistance, aggravation ou situation nécessitant un diagnostic ou traitement médical.
Résultats et incertitudes
Recommandation officielle claire : couchage dorsal, environnement de sommeil sûr, mobilité libre et mesures positionnelles.
Recommandation officielle claire : kinésithérapie prescrite en cas de limitation cervicale associée.
Position officielle claire sur les preuves : données insuffisantes pour recommander l’ostéopathie.
Possibilité encadrée HAS 2020, pas preuve d’efficacité : approche ostéopathique pédiatrique associée en deuxième intention dans une prise en charge pluriprofessionnelle.
Position de société savante plus récente : en 2025, la SFP demande de contre-indiquer l’ostéopathie chez les nouveau-nés et nourrissons ; ce statut ne doit être confondu ni avec la loi ni avec une recommandation HAS actualisée.
Non validé par la recommandation : mécanisme craniosacré ou mécanotransducteur revendiqué comme causalité établie.
Limites
La recommandation date de 2020. Une revue doit vérifier régulièrement les mises à jour HAS. Elle concerne les déformations positionnelles et la mort inattendue, pas toutes les asymétries ou pathologies crâniennes. L’article ne réévalue pas chaque essai primaire du rapport.
Implications pour la veille des praticiens
Placez le document final au-dessus des commentaires de parties prenantes. Dans une communication destinée aux parents ou confrères, ne tronquez pas la phrase de la HAS et ne présentez jamais l’ostéopathie comme substitut au couchage sûr, à l’évaluation médicale ou à la kinésithérapie indiquée. Datez la source et vérifiez le décret en vigueur.
Financements et déclarations d’intérêts
La HAS est une autorité publique indépendante ; la SFP est une société savante. Le rapport d’élaboration HAS distingue correctement les commentaires de parties prenantes du texte final. Ces statuts institutionnels et la date des documents sont explicités afin de ne transformer ni contribution professionnelle ni communiqué en règle juridique.
Suivi éditorial
Sources contrôlées le : 28 août 2026. Prochaine revue prévue : 28 novembre 2026. Une nouvelle relecture clinique et méthodologique indépendante des corrections est requise avant toute publication.
Sources primaires et officielles
- HAS/CNPP, recommandation DCP et mort inattendue, 2020 : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3151574/fr/prevention-des-deformations-craniennes-positionnelles-dcp-et-mort-inattendue-du-nourrisson
- HAS, communiqué aux parents et professionnels, 2020 : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3160772/fr/prevenir-la-plagiocephalie-sans-augmenter-le-risque-de-mort-inattendue-du-nourrisson
- HAS, rapport d’élaboration, 2020 : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2020-02/reco276_rapport_elaboration_fm__deformations_craniennes_min_cd_2020_02_05_v0.pdf
- Société Française de Pédiatrie, position du 29 avril 2025 : https://www.sfpediatrie.com/actualites/osteopathie-nouveau-nes-nourrissons-non-indication-contre-indication
- Décret n° 2007‑435, Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000462001/
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